Visite du cimetière juif de Rosenwiller

Visite du cimetière juif de Rosenwiller

Visite sous la conduite de Claire DECOMPS et de Jean-Pierre LAMBERT

Dimanche 25 mars 2018
« Visite du cimetière juif de Rosenwiller » sous la conduite de Claire DECOMPS et de Jean-Pierre LAMBERT

La mort, dernier chapitre du cycle sur le judaïsme en Alsace

Le changement d’heure ce printemps n’a dérouté aucun des 90 visiteurs invités par la Société d’histoire et d’archéologie de Molsheim et environs (SHAME), pour la septième fois de ce trimestre consacré au judaïsme en Alsace. Au programme de ce dimanche 25 mars, une visite du cimetière juif de Rosenwiller.

Tout était paisible, à l’orée du bois. Face à sa partie sud-est, laissant les visiteurs se nourrir de la vue dégagée sur le site, Jean-Pierre Lambert, vice-président de la Société d’histoire des Israélites d’Alsace et de Lorraine a présenté le contexte historique du cimetière situé en marge de ce village où ne vivaient que peu de juifs. Il n’y avait au départ pas de mur d’enceinte autour du cimetière. Depuis au moins 1530 et peut-être même dès avant 1266, les morts y étaient enterrés, une stèle en bois marquant leur emplacement. Une vingtaine de communautés venait y enterrer ses morts, parcourant parfois à travers champs des kilomètres de chemins repérables à leur toponymie (judenweg…). Le temps faisant son travail et la Terreur sa dévastation antireligieuse sur le site de Rosenwiller − comme sur ceux d’autres cultes −, il reste aujourd’hui de ce passé des pierres profondément enfouies dans le sol. Des archives et des stèles remployées en attestent.

Dans l’enceinte du cimetière, deux groupes se sont formés. L’un autour de Claire Decomps qui s’est attachée, en sa qualité de conservatrice en chef du patrimoine au Service de l’Inventaire général du patrimoine culturel, à exposer et distinguer ce qui relève des règles funéraires propres au judaïsme et des coutumes liées aux communautés et leur particularisme.

Le cimetière, « la maison des vivants »

Partant d’un fil conducteur de la stricte séparation (la vie/la mort, les hommes/les femmes, les enfants, les stèles espacées rigoureusement les unes des autres selon de très précises règles…), Claire Decomps explique la place de la mort dans la religion juive, le rôle des confréries, des membres de la communauté, le mode d’inhumation, l’ordonnancement traditionnel d’un cimetière, le temps accordé sans rendre visite au défunt et le rôle incombant aux endeuillés pendant ce temps…

La croyance du judaïsme en la résurrection physique des corps a pour conséquence pratique l’orientation des tombes : l’usage veut que le visage du défunt soit tourné vers Jérusalem, « les pieds en avant, en position pour le grand départ » vers la Terre sainte. En Alsace et en Lorraine, les portes sont donc orientées vers l’Est pour permettre la sortie des morts, mais dans certains sites, du fait de l’agrandissement multiple du cimetière et la création de nouvelles entrées, les tombes des époques successives ont des orientations différentes.

Traditions strictes, évolutions, perméabilité

Pendant ce temps, l’historien Jean-Pierre Lambert entraîne l’autre groupe au fond du cimetière et retrace l’histoire au fil des stèles.

Le contenu des épitaphes gravées sur la face en hébreu − les noms parfois restitués en français sur le revers− est constant : on y loue la personne, indique son nom, celui de son père, de son mari quand il s’agit d’une femme, et la date de décès selon le calendrier juif. Une formule biblique finale (« que son âme rejoigne le faisceau des vivants ») est tellement usitée qu’elle est très souvent abrégée !

Les formes des stèles et des symboles évoluent au fil du temps, car les juifs font appel aux mêmes tailleurs de pierre que ceux qui produisaient les monuments funéraires de toutes les communautés religieuses du village. Au fil des rangées, le public se prend au jeu. Ici une tulipe, un décor de pomme de pin ou de pavot, là des mains bénissantes, un sablier, une corne de bélier ou une aiguière. Ici encore la tombe d’un rabbin qui se différencie à peine d’une autre. Et une particularité retrouvée à plusieurs reprises à Rosenwiller : une arche joignant deux stèles de couples défunts.

   

La visite a duré 2 heures, plus que prévu, il faut bien s’arrêter. La mort clôt ce cycle sur le judaïsme en Alsace, après une série de sept conférences et un tour de chant, riches, animés et bien vivants.

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